Le contrat conclu entre le gouvernement haïtien et la firme Fencebridge aurait été signé en violation des lois haïtiennes. Il portait sur l’achat d’armes et de munitions destinées à la Police nationale d’Haïti (PNH), une institution à bout de souffle face aux gangs. Dans un pays où chaque dépense publique devrait être encadrée avec rigueur, la procédure aurait été contournée sans que personne, au sommet de l’État, ne semble s’en émouvoir.
Le dossier est d’autant plus troublant que la firme ne disposait pas des autorisations du département d’État américain, pourtant indispensables à l’exportation d’armes et de munitions. Autrement dit, le gouvernement aurait confié l’équipement de sa police à une entreprise incapable de livrer légalement la marchandise. On ne parle pas d’un détail administratif : c’est un défaut de vérification élémentaire, ou une complaisance coupable.
Les chiffres donnent le vertige : plus de 7 millions de dollars auraient été détournés, et une part importante du matériel commandé n’aurait jamais été livrée. Pendant que des policiers affrontent des groupes armés avec des moyens dérisoires, l’argent censé les protéger se serait volatilisé. Cette affaire illustre, la manière dont des fonds publics seraient dépensés en dehors des normes établies depuis l’arrivée d’Alix Didier Fils-Aimé à la tête de la Primature.
Dehors, la population paie le prix de ces dérives. L’insécurité bat son plein, les quartiers tombent un à un sous le contrôle des bandes armées et les déplacés se comptent par centaines de milliers. Dans le même temps, de nouveaux riches émergent sous ce gouvernement, avec une insolente prospérité qui contraste avec la misère ambiante. Le contraste entre une police démunie et ces fortunes soudaines nourrit les soupçons les plus lourds.
Cette situation est tout simplement inacceptable, et le bilan de cette transition laissera une sombre empreinte dans l’histoire du pays. Une transition était censée rétablir la sécurité et restaurer la confiance, mais elle risque d’être retenue pour ses scandales. Et si l’on cherche le matériel qui devait défendre les Haïtiens, c’est dans les poches de quelques-uns qu’il faudra peut-être le chercher.
Bob Landers Souffrant